19 mars 2017 - Emeran ATANGANA ETEME

cameroun: LES YAMBASSA

L’origine du nom yambassa

Lorsque les colonisateurs allemands arrivent dans la zone du confluent Mbam et Sanaga au début du 20e siècle, ils trouvent en place un ensemble de populations hétéroclites qui vivent dans une situation de conflits incessants. Pour simplifier les identifications, ils les regroupent en affinités linguistiques. Partant de la localité de Yambassa, ils désignent toutes celles qui ont un vocable assimilable sous ce nom. Après la pacification de la zone en 1911, ils ont ainsi généralisé le nom du village Yambassa à toute la région. Avant cette date, les populations de la localité de Yambassa en particulier étaient désignées sous le nom de Nigodua, d’Ambassa ou encore de Bo Ambassa, c’est-à-dire « les descendants d’Ambassa ». Car en effet, Ambassa fut l’ancêtre commun du village. Le terme Yambassa serait la contraction de Ya Ambassa qui signifie de Ambassa ou fils d~Ambassa (Mekinde, 2004)

Terme dérivé de la déformation de Boya Ambassa qui est le nom d’une famille généralisée par les allemands, Yambassa est devenu un concept générique pour désigner un ensemble de populations non homogène sur le plan linguistique composée de quatre clans : Méhéké ou Mahala, Yangben ou Ba-kâlong, Elip ou Belibi et Gunu.

L’origine lointaine de ce peuple reste controversée car si le Bulletin d’Etudes Camerounaise (1943) situe leur origine quelque part en Afrique de l’est, sans autre précision, l’Abbé Kibindé lui donne une origine nilotique, tandis que I. Dugast insiste sur leur autochtonie : « Presque toutes ces populations, soutient elle, se croient autochtones ou bien leur lieu d’origine est si proche de leur habitat actuel que la migration est presque nulle ».

Bien que tout les quatre clans se reconnaissent parent parce que issus du même ancêtre Mbono (Ombono ou Ombiono), l’appartenance des Elip à cette connexion généalogique est remise en cause par plusieurs auteurs. D’abord par Paul Valentin Emog (1983) qui ne concède pas de place au clan Elip dans l’arbre généalogique qui schématise la descendance de Mbono fils de Makana lui-même descendant de Nanga.

Par Philippe Laburthe-Tolra ensuite qui cite un « véritable Manguissa M Abéga Essomba » qui lui affirme que les Elip sont des Béti et qu’il avait lui-même vérifié que l’identité Betsinga-Cinga-Elip est attestée par la tradition Manguissa.

Pour sa part Hans Wilhelm postule que les Elip et les Yangben actuellement comptés au nombre des Yambassa sont en réalité des étrangers d’origine Béti, venus de l’est et qui traversèrent deux fois la sanaga pour venir occuper le site actuel.

L’ascendant Bati des Boyambassa est attesté par les allemands Curt Von Morgan (1893) et Riepe (1897). Pour ce dernier, « les Bati de l’ouest des Cinga (Tsinga) devraient être les Yambassa qui se trouvent là actuellement ». Au début du siècle, le major Hans Dominik au même constat selon lequel les Yambassa sont les Bati considérés comme ensemble linguistique.

Cette position rejoint celle de Ph Laburthe qui explique la tradition qui atteste l’appartenance Elip à la famille Mbono comme une parenté fictive à la suite de laquelle on transforme la généalogie pour les besoins d’une cause.

En résumé, cette controverse a le mérite de montrer que le groupe dit Yambassa se subdivise en deux ensembles distincts : les descendants de Mbono (Gunu, Maala), et les descendants de Bati (Elip, Yangben). Leur homogénéité culturelle découle d’un long voisinage accentué par divers liens matrimoniaux et stratégiques.

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