7 août 2016 - Emeran ATANGANA ETEME

cameroun: discours de Politique Générale prononcé par Ahmadou Ahijo au Congres de l’UNC de Bafoussam en 1980

MESDAMES, MESSIEURS, CHERS CAMARADES,

Voici que de nouveau tout le pays, dans l’immense et bouillonnante ferveur des grands moments de son histoire, vibre à l’unisson au rythme du 3e Congrès de l’Union Nationale Camerounaise.

Notre grand Parti National, incarnation authentique de l’ambition de la quête émancipatrice du peuple et de l’homme Camerounais, se réunit, afin de faire le bilan de son action, depuis les assises retentissantes du Congrès de la Maturité, action menée en étroite collaboration avec le Gouvernement qui en est l’émanation et l’instrument privilégié de réalisation de ses objectifs. Il se réunit surtout afin de mobiliser les forces de la Nation, de rassembler et galvaniser toutes les énergies, pour préparer notre avenir dans un monde -dont les pesanteurs politiques et économiques tendent, jour après jour, à aggraver notre fragilité.

En effet, l’économie mondiale est en pleine crise. Le Commerce mondial voit sa croissance ralentie. On assiste à des déséquilibres toujours plus importants de la balance des paiements et à une grande instabilité des marchés et des échanges.

Cette situation ne peut naturellement qu’exacerber les égoïsmes et entraver l’avènement d’un ordre économique plus juste. Et de fait, nous subissons de plein fouet les effets de la persistance de l’inflation, de la détérioration des termes de l’échange, de la diminution de l’aide au développement et de l’aggravation de l’endettement du Tiers-Monde.

Ce n’est pas sans inquiétude que nous enregistrons les résultats plutôt décevants de presque toutes les concertations internationales intervenues dans le cadre des efforts en vue d’instaurer un nouvel ordre économique international.

Le Dialogue Nord-Sud n’a pas répondu aux espoirs placés en lui.

La Cinquième Session de la CNUCED s’est soldée par un constat d’échec. Aucune des grandes revendications formulées par le Groupe des 77 n’a été satis¬faite. Ni le problème de protectionnisme de pays industrialisés, ni l’examen de la dette des pays en développement n’ont trouvé de solution globale. Plus grave encore, la Cinquième CNUCED a révélé de profondes divergences d’intérêts entres les pays en développement eux-mêmes, ce qui ne peut avoir pour conséquence que l’affaiblissement du front des Moins-Nantis et l’effritement de leur pouvoir de négociation.

Dans ce contexte, la seule consolation relative a été la signature des accords portant renouvellement de la Convention d’Association entre la Communauté Européenne et les Etats d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique.

Ces Accords, malgré les insuffisances et les imperfections qu’ils comportent, représentent dans une large mesure l’amorce de relations d’un type nouveau compatible avec les aspirations de la Communauté Internationale vers un ordre économique plus juste et équilibré.

Au plan de la situation poli¬tique internationale, la prolifération des points de tensions fait gravement craindre la résurgence de la guerre froide et ses conséquences sur la paix et la sécurité internationale. L’ordre mondial est perturbé par des secousses poli¬tiques et économiques qui étendent leurs effets déstabilisants et générateurs de crises. Le Tiers-monde est devenu le lieu privilégié où éclatent et s’amplifient les grands conflits du monde contemporain. C’est en effet en Afrique, en Asie, en Amérique Latine que se développent de plus les manifestations élaborées et auprès desquels les subversions sont déployées et entretenues.

Notre pays n’est pas à l’abri des ramifications des déséquilibres et des distorsions qui caractérisent le système des relations internationales. Le Cameroun, hélas, n’a pas seulement à faire face aux assauts et aux séductions des hégémonismes idéologiques, mais égale¬ment à se prémunir contre les menées subversives de ses nationaux, de l’intérieur comme de l’extérieur qui, complices des nostalgiques de la domination, rêvent de provoquer l’écroulement du bel édifice d’unité, de stabilité et de progrès que nous nous efforçons patiemment de bâtir.

Nous connaissons les actions subversives et la propagande mensongère et grossière des rêveurs, des ambitieux qui, de leur exil volontaire, trépignent de nostalgie envieuse, parce que le peuple camerounais, majeur et responsable, marque sa confiance au régime qu’incarne l’Union Nationale Camerounaise, régime fondé sur l’amour irrépressible de l’indépendance, promoteur de la stabilité, de la justice sociale, du rayonnement du Cameroun, de l’émancipation de l’homme, de tout l’homme et de tous les hommes.

Nous nous sommes organisés pour que le Cameroun, sans ces nostalgiques et même malgré eux, aille de l’avant sous l’impulsion dynamique et responsable de notre grand Parti, conscient et assuré de sa légitimité populaire.

Ces menées subversives prennent des dimensions aventureuses lorsqu’elles s’emploient à saper les fondements de la nation solide et organisée que nous sommes fiers de bâtir dans l’effort et la persévérance. Car vous en conviendrez, Chers Camarades, en dénigrant de mauvaise foi l’essor remarquable de notre pays depuis l’accession à l’indépendance, en nous invitant à retomber dans les ornières du passé et faire table rase à la fois des acquis accumulés et des victoires successives de portées politique remportées sur nous-mêmes, par la consolidation de l’Unité Nationale, la réunification, la Révolution Pacifique du 20 mai 1972 massivement approuvée par le peuple Camerounais, victoires qui valent à notre pays respect et considération, ces actions subversives constituent, plus que de l’irresponsabilité, un crime contre la nation Camerounaise.

Il faut bien le souligner, l’acquis le plus précieux dans notre ambition de bâtir la Nation Camerounaise, c’est sans conteste, notre Réunification consolidée par la Révolution Pacifique du 20 Mai 1972. Et l’occasion est propice en cette circonstance, d’une part, de réaffirmer, avec force et solennité, le caractère intangible et irréversible de cet accomplissement historique et, d’autre part, de proclamer notre détermination et notre engagement d’en assurer sans défaillance la sauvegarde et la pérennité.

Ainsi face aux menaces que fait planer une situation internationale tendue et aux actions de ceux de nos nationaux et des étrangers qui se sont faits des alliés objectifs des systèmes hégémoniques, ce qui nous interpelle aujourd’hui c’est notre cohésion, c’est notre vigilance, c’est notre autodéfense, c’est notre engagement pour résister à toutes les menées rétrogrades, pour la sauvegarde de nos acquis dans la continuité historique.

Dans ce contexte, il faut exalter le rôle de notre grand Parti National qui se consolide comme un rempart contre toutes tentatives de division ou contre toutes menaces à notre intégrité territoriale et notre souveraineté.

L’Union Nationale Camerounaise s’affirme jour après jour comme un Parti d’avant-garde, garant de la consolidation des acquis de notre développement. Sans relâche et avec méthode, il s’emploie à développer ses activistes d’imprégnation idéologique et d’animation pour la mobilisation de toutes les énergies en vue de la réalisation des objectifs que nous nous sommes fixés. Ainsi, en même temps qu’il s’est préoccupé de la dynamisation de ses organes, le Parti a contribué au renforcement des organisations de masses, capables d’encadrer et de mobiliser un nombre de plus en plus important de citoyens de tous âges et de toutes conditions, pouvant offrir un cadre adéquat pour la formation civique, pour la discipline – collective, et enfin pour la sensibilisation aux tâches politiques, économiques, sociales et culturelles qui concourent au développement du pays.

Le Comité Central du Parti, pour sa part, a pris les dispositions qui s’imposaient pour atteindre ces objectifs de sensibilisation et de dynamisation. C’est dans, ce but qu’en octobre dernier ont été organisés dans toutes les Provinces des séminaires de relance de l’action du Parti, séminaires qui ont eu et il faut s’en féliciter, un grand retentissement. Aussi, pour répondre aux vœux exprimés par nos militants, ces séminaires seront-ils désormais régulièrement organisés.

Ainsi, l’UNTC a poursuivi avec succès l’effort de développement de la conscience politique et la formation idéologique des travailleurs. Elle a inscrit ses actions dans le cadre du développement général du pays et dans cet esprit les responsabilités assumées par les travailleurs à tous les niveaux de la vie nationale donnent aujourd’hui, à la satisfaction de tous, une dimension politique d’une grande portée à l’action syndicale.

En même temps qu’elle remplit sa mission première de défendre les travailleurs dans leurs droits légitimes, l’UNTC s’est appliquée à élever le niveau politique et culturel de ses membres, à les exhorter à l’amélioration de leur rendement, de leur qualification professionnelle, en un mot à préparer les travailleurs à assumer pleinement leur rôle dans l’édification nationale. A cet égard, le premier Congrès Ordinaire de l’UNTC a marqué une étape significative.

La première Conférence de la Jeunesse a consacré la prise de conscience de plus en plus profonde par la JUNC de son rôle de formation politique de la Jeunesse et sa mobilisation. Nous avons enregistré le souci de la JUNC d’allier étroitement la recherche des solutions aux problèmes spécifiques de la Jeunesse – problèmes scolaires, de formation professionnelle, d’emploi des jeunes, des activités culturelles et sportives à l’intégration aux tâches d’édification nationale. Cette orientation rationnelle, d’ailleurs la seule qui mérite d’être suivie, doit nous amener à renforcer les moyens d’action de la JUNC afin qu’elle réussisse son programme d’édification politique de la jeunesse, d’organisation et de mobilisation des jeunes de différentes origines sociales dans l’harmonie et la cohésion, d’ouverture aux réalités nationales, de promotion des actions originales du développement et d’intérêt national.

L’Organisation des Femmes de l’Union Nationale Camerounaise quant à elle, atteint sa vitesse de croisière. Elle a poursuivi, son action permanente de sensibilisation, d’éducation et de formation, avec pour objectif d’élever le niveau culturel et la conscience politique des femmes, les mobiliser et exalter leur participation de plus en plus massive, de plus en plus effective dans la vie économique, sociale et politique du Pays. L’O.F.U.N.C. doit continuer à s’affirmer comme l’instrument privilégié de la promotion de la femme camerounaise.

CHERS CAMARADES,

Les assises de nos Congrès sont, à n’en pas douter, un grand moment dans l’accomplissement des missions historiques dévolues à notre Parti. Dans notre grande ambition de conduire ce pays vers les rivages assurés de bonheur, c’est le moment de recueillir les suggestions toujours empreintes de bon sens et de réalisme de nos vaillants militants, et de dégager les directives de notre action future. A partir des acquis qui sont solides et éloquents, le pays doit améliorer le rythme et la qualité de son développement, en donnant toujours plus de cohérence et d’efficacité à son appareil économique, afin de continuer à élever le niveau de vie du peuple camerounais et de consolider l’édification d’un Etat moderne à même d’affronter les réalités de l’An 2 000.

Le spectre de ces réalités se profile devant nous. Le défi à relever est de pouvoir répondre de manière adéquate au choc du futur. Il s’agit de considérer par exemple la croissance démographique sur les principaux objectifs nationaux retenus, non seulement dans le plan actuel en cours d’exécution, mais des plans à venir.

Des études récentes révèlent qu’à la faveur d’un taux de natalité élevé (5,7 naissances vivantes en moyenne par camerounais), et d’un taux de mortalité en réduction sensible, le taux d’augmentation naturelle de notre population est d’environ 2,3% par an. Si l’amélioration des services de la santé se développe, le taux d’augmentation naturelle de la population passera à 3 % par an en 1985 et à 3,5 % en l’an 2000, et, de 7,7 millions qu’était notre population en 1976, elle atteindrait 16,5 millions d’habitants en l’an 2000. En l’an 2025, si ce scénario se maintient, notre population aura dépassé les 40 millions d’habitants.

Nous devons en conséquence considérer que l’accroissement impétueux de la population est inquiétant et pose de sérieux problèmes dont la solution conditionne notre devenir. Notre devoir est alors de faire appel à nos ressources d’imagination, à nos facultés d’innovation et de créativité pour faire en sorte que la stratégie de la croissance économique intègre les problèmes que pose l’expansion démographique à la politique de développement. La finalité essentielle de notre démarche doit par conséquent être l’effort de maîtrise de notre croissance et de notre planification du développement.

C’est donc sous le signe de la maîtrise de notre développement que nous plaçons ce Congres. Il ne s’agit pas bien sûr de remettre en cause notre option de Libéralisme Planifié, option solennellement adoptée ici même à Bafoussam voici 15 ans et dont nous pouvons être fiers d’évaluer les résultats positifs accumulés; mais il s’agit de faire de cette option une stratégie toujours plus efficace, toujours plus fonctionnelle, toujours plus opérationnelle en vue de la maîtrise des facteurs de notre développement.

D’autre part, il faut bien reconnaître que nous sommes confrontés à une situation paradoxale. En effet, nous rentrons de plus en plus dans le cadre d’une société où le progrès multiplicatif prend toutes les apparences d’un processus inévitable au sein duquel la concurrence ou l’ostentation à l’intérieur et la compétition à l’extérieur poussent de façon quasi irrésistible à la création ou à l’importation de nouveaux modèles de satisfaction, tant sur le plan de la consommation individuelle que dans le domaine des besoins collectifs. Aux effets de la compétition s’ajoutent ceux de la contagion socio-culturelle qui rendent vaines les tentatives d’initiatives originales.

Nos économies objectivement stabilisées subissent les modes d’organisation, les rythmes d’évolution, les formules d’innovation des pôles dominants. Et dans un monde où les modes culturelles et de consommation se répandant sans entrave du fait de la mondialisation de l’information, Il devient difficile d’être maître de ses choix tant sur le plan économique que sur celui du modèle global de société. Nos efforts d’en appeler à nos traditions,à nos originalités culturelles et sociales risque de se réduire à de simples incantations.

Mais justement, face à ce conditionnement, à cette satellisation de plus en plus généralisée, l’on est confronté à une alternative: soit accepter comme unique voie de développement le modèle de croissance extravertie qui tend à s’imposer à nous, soit mettre en éveil toutes les ressources de notre imagination créatrice pour apprécier à leur juste valeur les implications de cette forme de croissance.

C’est notre conviction que s’il veut se libérer d’un modèle de développement dont la qualité, le rythme et la finalité tendent à lui échapper, le peuple camerounais tout entier, chaque camerounais en particulier, doivent accéder à une éthique et à une pratique qui recréent leurs besoins et les replacent dans leur juste contexte. C’est de cet acte de conscience et de volonté collective et individuelle que peut émerger notre capacité à maîtriser le processus de notre développement.

Quelle occasion plus exaltante CHERS CAMARADES, que celle de ce rassemblement de l’Union Nationale Camerounaise, Parti Missionnaire et responsable du destin de la Nation, pour susciter une conscience collective nécessaire à la maîtrise de notre développement, par l’innovation et les réformes qui permettent de relever le défi du spectre angoissant du futur!

Pour cette quête de portée nationale qui engage l’avenir, nous avons jugé indispensable d’associer le plus largement possible les organes de notre Parti et les responsables de notre administration à la recherche des orientations à promouvoir. C’est le sens du questionnaire qui a été adressé à toutes les sections, à tous les gouverneurs. Cette consultation avait pour but de faire associer étroitement nos populations à l’élaboration de la stratégie de la maîtrise souhaitée.

Ce faisant, nous restons fidèles à notre système de démocratie gouvernante soucieuse entre autres choses d’adhésion et de participation.

N’est-il pas dans la vocation du Parti de nouer le dialogue, de présenter des analyses sur les motivations, les finalités, les voies et moyens de nos actions, de faire des propositions, de susciter des expériences avec l’espoir d’enrichir la quête collective de la Communauté pour le progrès et le bonheur?

Il convient de se féliciter de la participation si concrète, si riche de nos militants qui ont ainsi démontré qu’ils ont besoin de comprendre, d’enrichir nos choix. Il ne leur suffit pas de voir s’améliorer progressivement leur sort, ils veulent contribuer sciemment à une œuvre collective dont ils connaissent les fins, dont ils ont le mérite de l’initiative et dont ils tireront le profit.

Et ceci est particulièrement significatif, lorsqu’on sait que de ces assises doit sortir l’énoncé des grandes orientations du ce Plan. Or, notre démocratie gouvernante a toujours prôné l’idée d’une planification démocratique où l’impulsion motrice, les décisions d’application, le contrôle, loin d’être monopolisés par l’autorité centrale où être uniquement le fruit de l’imagination des technocrates, doivent s’inspirer des suggestions des sensibilités des populations. Car c’est la volonté populaire qui s’exprime dans et par le Parti qui constitue la force souveraine.

L’occasion a été ainsi donnée aux responsables de notre Parti, à tous les niveaux, de contribuer, par la critique et la proposition, à la préparation des changements et des innovations nécessaires dans l’orientation de notre politique de maîtrise du développement. Ainsi ce Congrès est l’aboutissement d’un processus d’éducation critique et créatrice qui a mis en œuvre des méthodes d’analyse permettant à chacun de prendre conscience des conséquences de ses actes et d’imaginer les voies possibles pour surmonter les contradictions et sortir des impasses.

Les réponses enregistrées de cette vaste consultation non seule¬ment constituent un grand motif de satisfaction sur la maturité de nos militants mais nous rassurent et nous confortent dans notre conviction; que nous pouvons relever dans le cadre de notre option de Libéralisme Planifié et de Développement Autocentré les défis que nous pose une conjoncture inquiétante.

A condition bien entendu, et c’est une exigence de la maîtrise, de savoir déceler et faire disparaître certains excès ou insuffisances qui sont apparus sous le couvert de ce Libéralisme et ce, de manière suffisamment pesante pour faire parfois douter de l’équilibre indispensable, que nous avons voulu instaurer entre les deux concepts de «Libéralisme et de Planification», c’est-à-dire entre les méfaits d’un libéralisme sauvage créateur d’exploitation et d’op¬pression et l’équilibre social qu’assure un développement intégral et harmonieux.

II s’agit en somme, en s’appuyant sur les énormes progrès accomplis depuis vingt ans, d’œuvrer avec plus de rigueur et de maîtrise pour atteindre les objectifs que la Nation entière poursuit dans le cadre d’une triple révolution: «une révolution politique par laquelle se construit un Etat fort et efficace; une révolution économique, dont le but est de promouvoir le progrès de tous dans l’équilibre et la justice; un renouveau culturel qui vise à restituer au Peuple Camerounais le sens de sa dignité et de l’initiative créatrice, c’est-à-dire à faire de lui, pleine¬ment, le sujet de sa propre histoire».

A travers les réalisations accomplies, dont nous allons esquisser le bilan, nos progrès dans l’ensemble sont éloquents, annoncent des perspectives exaltantes et portent témoignage de l’image que nous offrons à l’Afrique et au Monde; l’image d’une Nation assurée de sécurité et de stabilité, inspirant une confiance justifiée dans le présent et le futur,

EN EFFET, CHERS CAMARADES,

La situation économique actuelle se caractérise à travers différents secteurs par une nette reprise de la -croissance et une accélération des investissements productifs, après le ralentissement observé en 1975/1976 dû notamment aux effets conjugués de la crise de l’énergie, de la sécheresse dans le Sahel, et de la baisse des cours de nos principaux produits d’exportation.

Ainsi, l’économie camerounaise vient de franchir en 1979 le cap de 1 000 milliards de F CFA en francs constants pour le produit intérieur brut, ce qui est un résultat très encourageant comparé aux 113 milliards de F CFA en 1960. Cette reprise s’est confirmée dans les secteurs primaires, secondaires et tertiaires.

Le secteur primaire dans ce contexte, occupe une place de choix. En effet dans l’ensemble la production intérieure brute (PIB) dans ce secteur est passée de 221 milliards en 1975/76 à 305 milliards en 1977/78; elle pourrait attendre 400 milliards en 1979/80. Ce qui signifie que ce secteur contribue à l’heure actuelle pour 35,6 % environ dans la formation de la production intérieure brute. C’est, et il faut s’en féliciter, l’effet des actions entreprises pour dynamiser ce secteur et dont les plus significatives ont porté sur:

– le financement de l’agriculture;

– la transformation des techniques de production et l’organisation des agriculteurs et des éleveurs;

– l’amélioration qualitative et quantitative de la production;

– l’aménagement de l’espace rural et la stimulation des exploitants agricoles.

L’effort financier de l’Etat en faveur du Ministère de l’Agriculture et des organismes dont il assure la tutelle a été en constante progression; ainsi, les budgets de fonctionnement et d’investissement sont passés de 3,894 milliards en 1975/76 à 6,704 mil¬liards en 1978/79; la contribution de l’Office National de Commercialisation des Produits de Base au financement de l’agriculture s’est élevée au cours des quatre dernières années à 24 mil¬liards 783 millions, le concours des organismes extérieurs à 22 mil¬liards 896 millions.

Au total, les moyens financiers mis à la disposition de l’agriculture camerounaise se sont élevés de 1975 à 1979 à 67 milliards 518 millions; le FONADER a connu égale¬ment une activité croissante; son budget est passé de 2,6 milliards en 1973/74 a plus de 13 milliards en 1979/80.

Par ailleurs, d’importantes mesures ont été prises en vue de réhabiliter et de revaloriser le métier de l’agriculture. C’est ainsi qu’un intérêt particulier a été apporté à la mise en place d’un système de prix rémunérateurs.
De la saison 1975/76 à la saison 1979/80 les prix d’achat sont passés de:

130 F à 290 F le kg pour le cacao;

145 F à 310 F le kg pour le café robusta;

150 F à 330 F le kg pour le café arabica;

43 F à 70 F le kg pour le coton trié et 65 F pour le coton non trié;

30 F à 55 F le kg pour l’arachide.

En ce qui concerne l’amélioration qualitative de la production, outre la prise en charge sur fonds publics de la lutte contre les fléaux du cacaoyer ou du caféier, chaque Province et chaque Département est doté de bases et de brigades phytosanitaires opérationnelles, chargées d’assurer la production et le traitement des cultures pérennes et des cultures vivrières.

Pour lutter contre le vieillisse¬ment des exploitations, qui constitue l’une des principales causes de la baisse de la production cacaoyère et caféière, des primes à l’arrachage et à la replantation des cacaoyers et caféiers ont été instituées en juin 1977. L’opération a porté en 1979 sur une superficie de 6 000 hectares.

Grâce à la mise en œuvre des mesures de relance et des pro¬grammes de régénération et de lutte phytosanitaire, la production cacaoyère et caféière connaît une nette reprise depuis la campagne 1977/78. Cette production est passée de:

84 500 tonnes en 1976/77 à 105 782 tonnes en 1978/79 pour le cacao;

62 400 tonnes en 1976/77 à 72 612 tonnes en 1978/79 pour le café robusta;

19 736 tonnes en 1976/77 à 21 058 tonnes en 1978/79 pour le café arabica ;

40 000 tonnes en 1977/78 à 60 000 tonnes en 1978/79 pour le coton.

Dans le secteur moderne, la culture du palmier à huile est pratiquée par la CDC, la SOCAPALM, PAMOL, la SAFACAM. La production est passée de 44 134 tonnes en 1975/75 à 47 304 tonnes en 1978/79.

En ce qui concerne la banane dont la production est assurée par l’OCB et la CDC, on note un certain plafonnement autour de 80 000 tonnes depuis 1976 du fait des difficultés d’ordre conjoncturel.

Pour ce qui est de la production du sucre, assurée actuellement par la SOSUCAM et la CAMSUCO, les surfaces cultivées en 1978/79 sont estimées à 12 374 hectares contre 4 363 hectares en 1975/76. La production du sucre a été de 40 000 tonnes en 1978/79 contre 27 158 en 1975/76.

La production de paddy dans trois grandes unités constituées par la SEMRY, la SODERIM et la Société de Développement de la Haute Vallée du Noun est passée de 18 887 tonnes en 1975/76 à 26 206 tonnes en 1975/76.

En ce qui concerne le blé, les surfaces semées sont passées grâce à l’action de la SODEBLE de 450 hectares en 1975/76 à 4 851 hectares dans le système total de rotation, blé, maïs, soja.

La production de thé incombe entièrement à la CDC; la production de la campagne, 1978/79 est estimée à 1 850 tonnes contre 1 500 tonnes en 1975/76.

Dans le secteur forestier, les principales actions entreprises ont eu pour but une plus grande rationalisation de l’exploitation et une meilleure sauvegarde de notre patrimoine sylvicole, faunique et piscicole.

Sur le plan de l’exploitation et de l’industrie forestière, la production dépasse actuellement 1 mil¬lion 350 mille ml de grumes par an; la moitié de cette production est transformée localement en sciage dans 76 unités produisant 60 000 ml de produits.

En ce qui concerne l’élevage et la pêche, notre production animale, exception faite du poisson, a augmenté au cours des cinq dernières années.

Cet accroissement de nos ressources est le résultat des actions du Gouvernement dans les domaines de la production, de la santé animale et de l’encadrement du monde rural.

Les effectifs de nos différentes espèces ont enregistré durant cette période une progression sensible.

Ainsi de 1975 à 1979 notre cheptel est passé:

– pour les bovins, de 3 000 000 à 3 500 000 têtes, soit une progression de 17%;

– pour les ovins et caprins, de 3 733 000 à 4 539 000 têtes, soit une progression de 22%;

-pour les porcins, de 812 000 à 1 512000 têtes, soit une progression de 86%.
Le Gouvernement a développé un secteur moderne d’élevage en créant des ranches d’Etat et en encourageant l’installation des ranches privés. Ainsi, la Société de Développement et d’Exploitation des Productions Animales (SODEPA) créée en 1975 avec le concours de la Banque Mondiale possède aujourd’hui à Dumbo, Idokayo, Faro, trois ranches totalisant quelque 15 300 têtes de bétail. De nombreux éleveurs traditionnels ont également bénéficié de crédits FONADER et de l’assistance de la SODEPA pour créer des ranches modernes.

En ce qui concerne le petit élevage, les éleveurs ont bénéficié de la même sollicitude du Gouvernement. Nos stations, avec le concours du FONADER, ont en effet augmenté leur production de poussins d’un jour et de porcelets. Et bien que la demande ne soit pas entièrement couverte, des Provinces comptent aujourd’hui de multiples fermes avicoles et porcines traduisant manifestement l’engouement de nos populations pour ce genre d’activité.

La production de poisson, quant à elle, a diminué en raison de la dissolution de la SIPEC et des difficultés de gestion de CREVECAM. Mais des mesures de redressement sont actuellement prises visant essentiellement à restructurer cette dernière société et à rajeunir sa flottille.

Dans le souci de développer davantage le programme d’encadrement des éleveurs, le Gouvernement a augmenté en qualité et en quantité le personnel technique compétent et multiplié les services techniques sur le terrain.

La situation sanitaire de notre cheptel s’est considérablement améliorée au cours des cinq dernières années grâce essentiellement aux mesures de production mise en œuvre par le Gouvernement. Ainsi, les campagnes gratuites de vaccination ont été poursuivies et intensifiées. Le Gouvernement a, en outre, créé en 1976 l’Office Pharmaceutique Vétérinaire, chargé de mettre à la disposition des éleveurs à des prix abordables tous vaccins et médicaments à usage vétérinaire. Cet organisme dispose de trois agences fonctionnelles à Douala, Yaoundé, Ngaoundéré. Par ail¬leurs, une lutte d’envergure contre la mouche tsé-tsé, vectrice de la trypanosomiase, est menée dans l’Adamaoua depuis 1974.900000 hectares sont aujourd’hui libérés. La campagne de lutte anti glossine s’est également poursuivie au cours de cette période dans la Bénoué.

Ainsi, dans l’ensemble, l’action du Gouvernement, large¬ment positive au cours des cinq dernières années, a indubitable¬ment contribué au développement de l’élevage.

Nous poursuivrons et renforcerons les actions actuellement mises en œuvre dont nous venons de dresser le bilan, en vue de permettre l’accroissement de la production, l’amélioration de la commercialisation, le relèvement du niveau de vie des paysans.

Une attention parti¬culière sera portée sur la mise en place d’un vaste programme de création de plantations industrielles, notamment dans le secteur des produits d’exportation; sans pour autant sacrifier les petites exploitations familiales;

la mise en œuvre des projets concernant les cultures spécifiques telles que le riz, le maïs, le soja, la tomate, le manioc, etc, en vue de satisfaire les besoins nationaux, limiter les importations des denrées alimentaires et contribuer à accroître nos exportations vers les pays voisins; la diversification agricole, notamment par des cultures pratiquées sous les climats tempérés (blé, maïs, etc.); la création de nouvelles sociétés de développement assurant l’encadrement intégral du paysan dans l’ensemble de son milieu et de ses activités.

Dans ce contexte, il nous est agréable de mentionner, entre autres, l’important projet de développement intégré de la Plaine de «Mbo Nso». Il s’agit en effet d’un projet qui doit couvrir environ 42 000 hectares dans la Province du Nord-Ouest et plus particulièrement dans les Départements de Bui et de Donga-Mantung et dont les activités portent sur l’agriculture, l’élevage, la pisciculture, l’assainissement, la petite industrie, les infrastructures et autres activités.

Nous sommes reconnaissants au Fonds Européen de Développement d’avoir accepté d’assurer le financement des études de ce projet, le développement de la recherche en vue de l’utilisation de tous les moyens offerts par la science et la technique aux fins d’améliorer les rendements, de lutter contre les calamités naturelles et les fléaux des plantes; la maîtrise de l’eau dans les zones sahéliennes; l’introduction d’une mécanisation souple et légère adaptée aux conditions particulières de notre pays; l’organisation du crédit dans le cadre du FONADER réformé.

Pour le relèvement du niveau de vie des paysans, le Gouvernement poursuivra sa politique en faveur des planteurs par des augmentations des prix d’achat de produits en fonction de l’évolution de la conjoncture nationale et internationale et par la rationalisation de l’établissement et du suivi des mercuriales en fonction des produits, des saisons et des localités, dans l’intérêt à la fois des producteurs et des consommateurs.

S’agissant des forêts, les principales actions à entreprendre devront tendre vers une meilleure rationalisation de l’exploitation et une sauvegarde accrue du patrimoine sylvicole, faunique et piscicole national.

Dans le secteur de l’élevage, les actions en cours de la première phase du Plan Viande seront poursuivies et renforcées. Les études en vue de la mise en place du Plan Viande seront poursuivies et il sera procédé à la décentralisation de l’Office Pharmaceutique Vétérinaire et à la mise en place d’un laboratoire national de vaccins vétérinaires.

Un effort en matière de commercialisation en faveur des collectivités et des particuliers sera développé par l’intermédiaire des installations de distribution et de conservation de la viande. Une industrie de transformation des productions animales et de fabrication d’aliments pour bétail sera mise en place.

En ce qui concerne la pêche:

Des sociétés existantes, comme les «Crevettes du Cameroun» seront dotées de nouveaux bâtiments pour la pêche, en même temps que sera envisagée la création de nouvelles sociétés.

La pêche artisanale sera restructurée et encouragée. En vue de rationaliser l’approvisionnement et la distribution, on se préoccupera de la mise en place d’équipements convenables de conservation et des chaînes de distribution.

CHERS CAMARADES,

Notre souci a toujours été de promouvoir des transformations profondes dans les structures économiques du pays, pour qu’il passe d’une économie fondée principalement sur le secteur tertiaire et les activités agricoles, à une économie diversifiée, débouchant sur une politique d’industrialisation intégrée et adaptée à nos options de développement national.

C’est ainsi que la croissance de la production industrielle s’est accrue d’année en année: de 6,4 070 en 1975/76, elle est passée en 1976/77 a 13,4 % et à 15,3% en 1977/78.

Ces performances qui portent la contribution du secteur industriel à 25% environ de la formation de la production intérieure brute marquent un progrès remarquable.

D’une manière générale, c’est l’activité industrielle destinée au marché intérieur qui a enregistré les meilleurs résultats (alimentation, boissons, tabac, chaussures, matériaux de construction, etc.) ce qui semble traduire les effets de la revalorisation du pouvoir d’achat au niveau des paysans.

En revanche, les exportations des produits industriels subissent quelque- fois une chute brutale (textiles, confection, produit en aluminium, etc.) due au marasme économique, à la fermeture de certains marchés européens, ainsi qu’au rétrécissement du marché de l’UDEAC.

Par ailleurs, l’évolution du secteur industriel est marquée ces dernières années par des investissements de grande importance tant au niveau des extensions des sociétés existantes

(CIMENCAM, CICAM, BRASSERIES, ALUCAM, SODECOTON, etc.) qu’au niveau de la réalisation de nouveaux pro¬jets:

CELLUCAM pour la pâte à papier (57 milliards de FCFA);

SONARA pour le raffinage du pétrole (50,8 milliards de FCFA).

L’effort de l’Etat dans la pro¬motion industrielle s’est considérablement accru ces dernières années à travers les interventions de la Société Nationale d’Investissements (SNI) en ce qui concerne les zones industrielles.

A l’heure actuelle, la SNI participe au capital social de près de 80 sociétés contre 58 en 1975/76 ; au 30 juin 1978,, le portefeuille de la SNI dans les différentes sociétés s’élevait à 18,9 milliards de F CFA contre 11,9 milliards en 1975/76.

S’agissant de l’aménagement des zones industrielles, la Mission d’Aménagement et de Gestion des Zones Industrielles (MAGZI) a déjà procédé à la viabilisation des zones de Bonabéri (70 ha pour un investissement de 2,5 milliards de F CFA) et de Bassa (50 ha pour un investissement à peu près équivalent). D’autres zones sont en étude à Yaoundé (100 ha}, à Ngaoundéré (115 ha), à Bafoussam (15 ha), à Victoria (15 ha), et devraient nécessiter un investissement global de l’ordre de 8 milliards de F CFA.

Le développement industriel dans les prochaines années portera sur:

1°) L’intensification de la politique de transformation des matières premières locales. A l’exemple de la réalisation de la Société de Cellulose du Cameroun (CELLUCAM), seront développés d’autres projets de transformation de nos produits de base.

2°) La création de complexes agro-industriels de grande superficie. A titre d’exemple, la poursuite de l’expérimentation de la culture du blé dans l’Adamaoua entraînera la création d’un vaste complexe agro industriel comprenant des plantations industrielles et villageoises de blé, les installations de stockage et une minoterie.

De même, pour assurer l’approvisionnement des brasseries locales, des efforts particuliers seront faits pour la réalisation d’une maïserie dans l’Ouest et de malterie dans la région de l’Adamaoua.

3°) La promotion d’une industrie lourde, qui sera facilitée par la réalisation des barrages de Song-Loulou et de Lagdo.

4°) La création d’industries manufacturières compétitives contribuant à l’approvisionnement du marché local et l’accroissement des exportations.

5°) La poursuite de la politique de création d’entreprises à dirigeants et capitaux camerounais.

L’on remarque, en effet, que les hommes d’affaires camerounais marquent une certaine tendance à préférer le secteur commercial ou immobilier, jugé plus rentable, au secteur industriel qui comporte plus d’aléas, malgré toutes facilités bancaires qui ont été mises en place par le Gouvernement en leur faveur dans le cadre des activités du Centre d’Assistance aux Petites et Moyennes Entreprises (CAPME).

Il sera procédé au renforcement des possibilités d’intervention de cet organisme en le dotant de moyens suffisants en matériels et en hommes, afin de le rendre apte à jouer avec plus d’efficacité son rôle dans la politique de création d’entreprises à dirigeants et capitaux camerounais.

6°) La politique de décentralisation industrielle. Celle-ci n’a pas encore donné des résultats satisfaisants, la majorité des entreprises industrielles choisissant de s’installer dans le Littoral où les conditions sont plus favorables que dans certaines régions de l’intérieur.

Aussi, dans le cadre de notre politique de développement équilibré de toutes les régions du pays et de justice sociale, des efforts particuliers seront faits pour donner un contenu concret à cette politique.

A cet égard, il apparaît nécessaire de procéder à une étude exhaustive des différents facteurs intervenant dans l’installation d’une industrie (matières premières, sources d’énergies, voies d’évacuation, main-d’œuvre, marché, fiscalité) en vue de mettre en place les conditions sélectives et incitatives propres à attirer les investisseurs vers d’autres régions du pays.

Une attention particulière serait ainsi portée sur la vocation naturelle de chaque région de manière à identifier et à réaliser les projets susceptibles de servir de pôles de développement par leurs effets induits.

Des moyens accrus seront mis à la disposition de la Mission d’Aménagement et de Gestion des Zones Industrielles grâce à la réalisation des zones industrielles prévues dans les Provinces du Centre-Sud (Yaoundé), du Nord (Ngaoundéré), du Sud-Ouest (Ombé), de l’Ouest (Bafoussam).

7°) Les travaux actuellement menés en vue de la révision du Code des Investissements devraient -aboutir à l’adaptation de ce document à l’évolution de la conjoncture, à la politique de décentralisation industrielle et parvenir à une simplification des procédures administratives en matières d’étude des projets d’investissements.

CHERS CAMARADES,

Il va sans dire que l’expansion de l’agriculture et le développement de l’industrialisation appellent nécessairement la mise en place, à travers le pays, d’une infrastructure la plus adéquate possible pour stimuler et soutenir les activités de production, de tous les secteurs de l’économie. De même, une économie moderne et diversifiée nécessite des équipements portuaires et aéroportuaires pour ses échanges avec l’extérieur. A l’intérieur du pays, la circulation des personnes et le mouvement – des échanges s’intensifiant avec le progrès, la construction de grands axes de communications ferroviaires et routières devient une nécessité comme s’avère indispensable le désenclavement des régions qui ne profitent pas suffisamment des apports du progrès.

D’autre part, la circulation de l’information devenant désormais inséparable de l’animation de la vie économique, sociale et culturelle, l’organisation et l’entretien d’un système moderne de communications postales, de télécommunications, s’inscrivent parmi les équipements prioritaires destinés à favoriser et accompagner les opérations de développement.

C’est dans cet esprit que l’action du Gouvernement s’est orientée vers le renforcement des infrastructures et l’amélioration de la compétitivité des différents organismes intervenant dans ces secteurs.

C’est ainsi qu’en matière d’aéronautique civile, les réalisations suivantes ont été enregistrées:

Construction d’un aéroport international à Douala avec extension des jetées et parkings;

Aménagement d’une piste pour quadriréacteurs à Garoua;

Construction d’un bloc technique à l’Aéroport de Mamvé.

Notre compagnie aérienne a étendu son réseau commercial tant en Afrique de l’Est qu’en Afrique de l’Ouest.

Des dispositions ont d’ores et déjà été prises pour doter la CAMAIR d’un avion gros porteur type Boeing 747 et pour assurer le trafic fret par avions cargos.

En ce qui concerne la Marine Marchande, notre jeune compagnie de navigation maritime, la CAMEROUN SHIPPING LINES, créée en 1975 occupe déjà le peloton de tête parmi les compagnies d’Afrique Noire grâce à son programme harmonieux de développement de ses équipements et à son efficacité.

Par ailleurs, il a été procédé à la restructuration du Conseil National des Chargeurs du Cameroun, et à la mise en place de la Société Camerounaise de Manutention et d’Acconage.

Enfin, j’ai eu le plaisir d’inaugurer le mois dernier la réalisation de la première tranche des travaux d’extension du Port de Douala.

Quant à l’infrastructure ferroviaire, l’effort d’équipement du pays s’est poursuivi avec les travaux de réalignement de la voie ferrée Douala-Yaoundé sur les tronçons Yaoundé-Maloumé (94 km déjà terminés), et Douala-Edéa (90 km en cours d’exécution), la construction d’un pont ferroviaire à Japoma, l’extension des voies et gares sur la ligne Douala-Yaoundé, et l’acquisition du matériel roulant Paf la REGIFERCAM pour une valeur de 9 milliards de F CFA.

Dans le domaine de l’Aéronautique Civile, il s’agira essentiellement : d’achever les travaux d’extension de l’Aérogare Internationale de Garoua, et d’f ménagement de l’Aéroport International de Douala ; de construire un Aéroport International à Yaoundé et d’autres transports secondaires.

Dans le domaine ferroviaire, l’accent sera mis sur les travaux de réalignement de la voie ferrée Yaoundé-Douala et notamment le tronçon Edéa-Maloumé, l’équipement par la Régie Nationale des Chemins de Fer en matériel de transport et de traction de qualité, et la construction d’une gare-voyageurs à Douala.

Dans le domaine portuaire, une priorité particulière sera accordée à la réalisation de ports en eau profonde à Victoria et à Kribi, tandis que seront poursuivies les études en vue de l’aménagement du port fluvial à Garoua et que sera apprêté le dossier de la seconde extension du Port de Douala de manière à porter sa capacité de 6 à 7 millions et demi de tonnes.

En matière de transports routiers, il s’agira de poursuivre l’élaboration des textes portant réglementation de ce secteur et de veiller au renouvellement des équipements de la Société des Transports Urbains du Cameroun tout en prenant .des dispositions pour améliorer sa gestion.

Dans le domaine maritime, la priorité sera accordée au renforcement des structures de la Cameroon Shipping Lines, à l’acquisition de bateaux supplémentaires et de containers, à la réalisation d’une étude sur le cabotage, l’exploitation de nouvelles lignes et à la mise en place d’une Ecole de la Marine Marchande.

CHERS CAMARADES,

En dépit du phénomène inflationniste mondial dont les effets se sont fait sentir au moment du démarrage de nombreux projets routiers, l’activité, dans ce domaine a été intense et marquée par des travaux importants depuis le 30 juin 1975.

Ainsi 828 km de routes bitumées ont été réalisés, pour un investissement global de l’ordre de 45 milliards. C’est le cas des routes Bafoussam-Bamenda, Douala-Kékem, Garoua-Maroua-Mora, Meidougou- Tibati etc.

S’agissant des routes nouvelles, en terre, les travaux en régie de la route Lobé-Mundemba pour le désenclavement du Département du Ndian se poursuivent.
La construction de nombreux ouvrages d’art sur certains axes routiers prioritaires a connu un essor particulier au cours de la période considérée.

J’ai eu le plaisir à cet égard d’inaugurer les ponts sur le Nkam et Yabassi et sur la Kadéi à Pana.

L’effort financier de ces dernières années, tel qu’il ressort des projets réalises ou en voie de l’être, dépasse 6400 millions, sans compter des sommes dégagées en vue de conserver le patrimoine infra structurel routier en bon état.
Au cours de cette période; des études routières ou d’ouvrages d’art ont été effectuées jusqu’au stade d’exécution. Leur réalisation ne tient plus qu’à la mobilisation des crédits nécessaires. Il en est ainsi des routes Yaoundé Bafoussam, Belabo-Bertoua; Edéa-Maltam-Kousseri, Victoria – Idenau, etc.

Le réseau routier s’est accru de 2 300 km grâce à l’exécution des programmes successifs des pistes de collecte cacaoyères et vivrières.

Dans le cadre des pistes rurales, il est prévu la construction et l’aménagement de 2 200 km de pistes rurales notamment dans les Provinces de l’Est, de l’Ouest, et du Nord-Ouest.

Le financement conjoint: BIRD, AID et RUC sera de l’ordre de 3 milliards de F CFA. Les investissements globaux depuis juillet 1975 sont évalués à plus de 9 milliards dont plus de 600 millions au titre des pistes vivrières et 8 500 millions au titre des pistes cacaoyères. Au cours des cinq prochaines années, les interventions prévues porteront sur la mise en place: d’un système de grands axes routiers construits sur des caractéristiques définitives qui relierait directement la Capitale aux Chefs-Lieux de toutes les Provinces avec prolongation jusqu’aux frontières et sur lesquels viendront se raccorder tous les autres axes secondaires; des réseaux d’infrastructures conduisant à une intégration des zones de production aux différents secteurs du réseau national afin de permettre une meilleure évacuation des produits, le désenclavement de certaines régions du pays et l’amélioration de la qualité des échanges interrégionaux; d’un système de maintenance, permettant d’assurer efficacement l’entretien des différents réseaux.

Parmi ces opérations routières figurent en première priorité les axes Yaoundé-Edéa-Douala et Yaoundé-Bafoussam.

L’entretien routier est un volet important de la politique routière. En vue de conserver en bon état le patrimoine d’infrastructures routières, il apparaît nécessaire de définir une nouvelle politique d’entretien routier.

Les grands axes routiers, construits sur des caractéristiques définitives devront faire l’objet de contrats d’entretien avec les entreprises des travaux publics de manière à assurer la permanence de la circulation en toutes saisons.

En définitive, parce qu’il s’agit d’un secteur particulièrement sensible pour l’organisation, le développement de notre économie et l’aménagement de notre territoire, il sera recherché une «structure opérationnelle» la plus appropriée, destinée à prendre en charge et dynamiser le vaste programme de développement et d’entretien de l’infrastructure routière.

En ce qui concerne les Télécommunications, l’action du Gouvernement a porté sur le renforcement et l’adaptation des Centraux de Télécommunications.

Il nouveaux centraux téléphoniques automatiques ont été ainsi construits dans le pays, et des liaisons téléphoniques établies avec certains pays étrangers.

L’effort du Gouvernement devra tendre à l’amélioration du fonctionnement des réseaux et centraux de télécommunications en vue d’assurer une plus grande diffusion de L’automatisme interurbain et d’améliorer les liaisons internationales dans le cadre du réseau panafricain.

Mais il faut bien reconnaître que depuis un certain temps le réseau national des Télécommunications connaît une grave dégradation portant à la fois sur le long délai d’acheminement et la distribution tardive des messages télégraphiques; l’impossibilité de raccorder de nouveaux abonnés au réseau téléphonique par suite de la saturation des réseaux de câbles ; la difficulté d’obtenir les correspondants nationaux désirés, étant donné l’encombrement des voies de transmission, la maintenance précaire des équipements installés, les longues attentes de tonalité.

Par ailleurs, l’expansion continue de nos deux grandes métropoles de Douala et Yaoundé due à l’accroissement rapide des activistes commerciales et industrielles, l’installation progressive des missions diplomatiques et consulaires, et surtout, la perturbation quasi permanente des liaisons entre le Nord et le Sud du pays ont rendu cette situation préoccupante.

Pour y faire face, le Gouvernement a immédiatement envisagé trois séries de mesures portant respectivement sur l’extension des réseaux de câbles dans les centres où les besoins se font sentir, le renouvellement progressif des émetteurs-récepteurs du réseau téléphonique national et surtout la restauration ou la réhabilitation de la portion du réseau national de télécommunications particulièrement détériorée à Yaoundé, Douala et le long de l’axe Nord.

A cet égard, deux missions d’identification, en décembre 1978 et juin 1979, composées d’experts internationaux de l’Union Internationale des Télécommunications et de nos propres techniciens ont examiné attentivement le réseau et confirmé l’état déplorable des organes de commutation, des installations d’énergie, des équipements de transmission et des réseaux de câbles urbains, dont la dégradation, du fait de la vétusté, de la pénétration d’eau mais aussi de trop nombreuses coupures provenant des divers travaux de terrassement et d’ouverture des tranchées, atteint en gros 60 070.

Ce travail d’évaluation fait avec la participation, du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), la Banque Mondiale et l’Union Internationale des Télécommunications a donné lieu à la mise en place d’une « Unité de Réhabilitation du Réseau» dont l’objectif immédiat tend à la fois, à freiner la dégradation du réseau national à rendre la qualité du service plus fiable et commerciale et, enfin, à initier le personnel technique aux méthodes adaptées de maintenance préventive contrôlée de manière à ce qu’il soit capable d’assurer la continuité, voire la propagation de l’action ainsi introduite.

Cette unité de réhabilitation utilisera 25 experts internationaux et 250 cadres et agents camerounais et coûtera en équipements, matériels et salaires du personnel environ 2 milliards de F CFA sur une période de deux ans.

S’agissant de l’énergie, il est encourageant de noter que la production hydro-électrique couvre actuellement 95% de nos besoins et connaîtra un net essor avec la fin de la réalisation en cours des barrages de Song-Loulou (60 milliards d’investissement) et de Lagdo. Par ailleurs, après les principales villes, le programme d’électrification de la SONEL, qui bénéficie de la bienveillance de nombreuses sources de financement s’étend aux villes secondaires. Les programmes en cours visent les Provinces du Centre-Sud, du Nord et de l’Est

Avec la mise en exploitation des gisements Off Shore, notre production pétrolière a débuté en février 1978. Le rythme de production et les recherches qui se poursuivent laissent espérer que le Cameroun pourrait pleinement satisfaire ses besoins dans ce domaine et dégager un excédent pour l’exportation.

Dans les prochaines années les recherches seront intensifiées dans le domaine des hydrocarbures et les actions à entreprendre viseront l’autonomie du pays en produits pétroliers par l’augmentation de la capacité de stockage et la production des produits pétroliers.

Les perspectives d’exploitation de gaz naturel sont devenues réelles. En effet, aussi bien dans la région de Rio dei Rey qui produit déjà du pétrole brut qu’à Logbaba-Douala et au large de Kribi, les recherches, entreprises ont révélé l’existence des gisements de gaz exploitables. Une étude en cours de réalisation nous permettra bientôt de connaître avec plus de précision les conditions économiques de mise en valeur de ce gaz.

C’est dans ce cadre qu’ont été créées la Société Nationale de Raffinage et la Société Camerounaise de Dépôts Pétroliers. Mais, je crois salutaire de tempérer une excessive griserie sur cette manne du pétrole.

A vrai dire, avec une production annuelle d’environ 2 millions de tonnes, notre pays est, et demeure sans doute un producteur modeste. Aussi convient-il d’être conscient que notre production pétrolière ne constituera pas l’élément déterminant, ou la panacée, dans notre ambition légitime de maîtriser notre développement.

Cela dit, il est évident que notre autosuffisance dans ce domaine névralgique est de première importance et que les retombées de notre production pétrolière sur notre économie, et partant sur le bien-être des Camerounais, seront positivement ressenties.

Et pour rationaliser au maximum le processus d’exploitation de nos potentialités, et pour mieux appréhender les problèmes liés à cette exploitation, il sera prochainement créé la Société Nationale des Hydrocarbures.

Dans les prochaines années les recherches seront intensifiées dans le domaine des hydrocarbures et les actions à entreprendre viseront pour ce qui concerne l’énergie électrique, la politique dans ce secteur s’articulera autour de deux axes principaux:

Le renforcement des moyens de production;

La mise en place d’un dispositif de transport adapté à l’accroissement des besoins et l’industrialisation du Cameroun.

Ainsi, il s’agira d’abord d’achever les travaux de construction des barrages hydroélectriques de Song-Loulou et de Lagdo, ce qui permettra le démarrage de certains projets tels que les extensions d’ALUCAM, CELLUCAM, SONARA, etc.

Par ailleurs, sera poursuivie la réalisation d’un inventaire sur les possibilités hydroélectriques du Cameroun en vue de compléter les données sur les sites et les réseaux hydroélectriques, de mettre en évidence de nouveau schémas d’équipement des divers sites, notamment sur le Nyong et la Sanaga, et de répondre ainsi à la demande toujours croissante d’énergie pour les besoins industriels et les besoins de consommation courante.

Enfin, les programmes d’électrification rurale en cours seront menés à terme, et de nouveaux programmes définis pour l’ensemble des Provinces.

Dans le domaine de l’eau, il s’agira: de définir la meilleure approche en vue de faire face aux besoins toujours croissants en eau potable des grandes agglomérations de Yaoundé et de Douala; de poursuivre et intensifier le programme de forage des puits dans la Province du Nord; de poursuivre les programmes d’adduction d’eau dans les centres secondaires de toutes les Provinces du pays; et de mettre sur pied une industrie d’eau minérale.

De même, un vaste programme de recherches minières sera poursuivi.

Droit constitutionnel

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